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Peau noire, cheveu crépu : d’où vient le besoin de les dénaturer ?

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Voici une piste de réflexion selon Juliette SMERALDA, sociologue martiniquaise, quant à notre rapport au cheveu crépu et à la peau noire et aux conséquences sur la perception que nous avons de nous même en tant que femmes noires et qui nous inciterait à nous défriser les cheveux et pour certaines à vouloir paraître « plus blanches » qu’elles ne sont… Qu’en pensez-vous ?

« 3.2 Les transformations capillaire, épidermique et morphologique: des «stratégies» questionnées

La sociologue trace un Historique du peigne africain, de la coiffure africaine, des méthodes de modification de la structure et de la couleur du cheveu et de la peau. Les transformations capillaire, épidermique et même morphologique sont nées aux Etats-Unis: «le fait d’ailleurs que les défrisants et dépigmentants destinés aux Noirs soient apparus aux Etats-Unis ne relève pas du hasard: un lieu entre la situation de ce pays qui n’est jamais parvenu à souffrir sa minorité noire, et l’apparition de ces procédés qui, à l’instar de la dilution biologique largement entamée, viennent assez rapidement à bout des traits négroïdes les plus résistants…» (p. 65). Ces transformations correspondent à «la stratégie de dénaturation (défrisage et décoloration)» (p. 86), dans la Douleur, puisqu’elles sont  « des pratiques mimétiques inspirées du modèle blanc caucasien» (p. 152):

  • le cheveu crépu/frisé: «Il donnerait spontanément le sentiment d’être hirsute, non domestiqué et «sale». Il semble donc faire désordre lorsqu’il est porté dans son état naturel, et par les femmes. Il est alors l’objet de moqueries et d’exclusion auxquelles les porteurs ne sont pas toujours en mesure de faire face, surtout lorsqu’il s’agit de s’intégrer à un groupe de pairs et de se sentir exister parmi ceux-ci. Se défaire du cheveu-stigmate serait donc devenu un leitmotiv auquel peu de femmes opposent une réelle résistance.» (p. 62) – «une (sur)représentation négative du cheveu crépu» (p. 69) – «l’histoire douloureuse et irréversible» (p. 103) du cheveu crépu – «se défriser c’est faire la preuve de son aptitude à devenir un sujet socialement «adapté» à un environnement désormais travaillé en profondeur par le modèle occidental» (p. 151) – «par la pratique du défrisage, il s’agit de soustraire les cheveux à la tyrannie du regard qui pénalise socialement. Crépu étant synonyme de disgrâce, d’imperfection, de ruralité, de manque de raffinement, etc., ce cheveu-là doit disparaître derrière un lissage». (p. 153)  
  • la peau noire: «une rigoureuse instrumentalisation de la couleur de l’épiderme» (p. 85) – «pour cadrer avec l’idéal en vigueur, aucun sacrifice n’est trop grand, aucune douleur insupportable» (p. 90) – la peau «soumise à des formes d’agression caractérisée» (p. 131) – «les personnes qui se défont de ce capital attaquent la couche cornée (de l’épiderme), qui les protège de l’action des ultraviolets et s’exposent ainsi à des pathologies qui peuvent entraîner la mort». (p. 131)  
  • le corps: la Rhinoplastie pour «dompter le nez épaté et le bout rond qu’il affiche, afin de doter le porteur malheureux d’un «vrai» nez, digne de ce nom: un nez pointu» (p. 170) – le «désépaississement» (p. 170) des lèvres. « 

Pour en savoir plus « Potomitan » et « NoireôNaturel« , rubrique Actualités.

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